Le chantier

Comment penser à l'ère du numérique ?

Et si les technologies numériques étaient en train d’escamoter notre esprit critique ? Face à ce changement massif qu'est l'invasion du numérique dans tous les domaines de la vie publique et privée, il est nécessaire d'ouvrir des voies de pensée et d'action.

Et si les technologies numériques étaient en train d’escamoter notre esprit critique ? C’est cette question qui taraude  de nombreux chercheurs aujourd’hui. Une étude de Marianne Wolf [1], psychiatre américaine, témoigne d’une atrophie de certaines activités neuronales dans le cerveau des enfants fortement exposés aux écrans. Le cortex préfrontal, siège du raisonnement critique, démontre une diminution de ses capacités. Ce fait troublant n’est qu’un exemple des conséquences délétères des technologies numériques.

Néanmoins, la question de l’influence des techniques sur l’homme n’est pas nouvelle. Elle rejoint déjà les préoccupations d’un philosophe grec bien connu : Platon.

Dans son célèbre dialogue du Phèdre++[2]++, il alerte contre les dangers de l’écriture. Cette technique alors nouvelle risque, selon Platon, de nous faire perdre la mémoire. En effet, l’homme, ayant une tendance à la paresse, laissera volontiers le parchemin retenir tout à sa place. L’écriture permet à l’homme de déléguer sa mémoire à ses écrits, et donc de la perdre. Ainsi, la conclusion qu’on peut en tirer est la suivante : si l’homme façonne les techniques, la technique le façonne en retour.

Ce constat vient nous réveiller de manière particulière à l’ère du numérique. Si notre capacité de raisonnement est atrophiée par l’utilisation des écrans, c’est l’avenir de notre monde qui est en danger. Effectivement, c’est cette faculté qui permet à l’homme d’imaginer un monde différent et de se projeter dans un avenir meilleur.

Qui donnera sa force aux révolutions ? Qui réveillera les consciences engourdies des peuples opprimés, si plus personne ne sait penser? L’urgence est là, c’est une évidence. Il faut s’engager dans un double mouvement : d’une part, il faut limiter et orienter l’utilisation du numérique (comme le font des initiatives telles que Rise for the Mind++[3]++). D’autre part, il est nécessaire de créer des lieux où la pensée libre, critique et engagée peut se développer.


++[1]++ WOLF, Maryanne. Reader, Come Home: The Reading Brain in a Digital World. New York : Harper, 2018.

++[2]++ PLATON. Phèdre. Traduit par Daniel Babut et Jacques Cazeaux. Paris : Librairie générale française, 1997.

++[3]++ HUNYADI, Mark. Rise for the Mind. Consulté le 28 avril 2026. ++https://www.riseforthemind.org++.

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